Se dire qu'à quelques jours près, la bataille de Praag n'aurait pas eu lieu et qu'à cette heure Piotr serait sûrement chez lui, entouré de ceux qu'il aime, ne faisait qu'aviver sa nostalgie et il préféra chasser cette idée de sa tête en essayant de se persuader que la bataille à laquelle il avait survécu avait sans doute joué un rôle dans la victoire des peuples civilisés du Vieux Monde.

L'Ostland, heureusement, était, tant historiquement que géographiquement, la contrée impériale la plus proche de Kislev mais la défaite des armées du Chaos était trop récente pour assurer à Piotr un voyage sans embûche. La route devait être parsemée des restes errants des cohortes d'Archaon ou, au mieux, de quelques bandes de brigands avides de se repaître des restes laissés par cette engeance chaotique. Conscient de cet état de fait, le Kislevite avait choisi d'arpenter les chemins les plus fréquentés le plus longtemps possible.
Partout de Wolfenburg à Vandengart, qu'il atteignit en deux jours d'une marche bon train porté par le désir de rentrer au plus vite chez lui et l'angoisse de ce qu'il allait y trouver, Piotr croisa les mêmes paysages de désolation : villages brûlés, récoltes saccagées, bétails faméliques, arbres abattus, populations hagardes et désorientées, crèves-la-faim et mendiants hantaient les rues des plus grosses bourgades, par de nombreux endroits encore on pouvait trouver des cadavres en décomposition, chevaux, bétail, mais aussi hommes-bêtes et même soldats et civils à qui personne n'avait pris la peine de donner une sépulture. L'Empire était au bord de la ruine…
Finalement, le Kislevite se surprit à essayer, inconsciemment, de fuir toutes ces désolations et, de par ses pérégrinations, il finit par déboucher sur une série de ravines à pic où courait un étroit chemin. Après quelques centaines de mètres, le sentier s’ouvrit sur une plus large cuvette qui était largement couverte de forêts. La vallée était remarquable en comparaison des dégâts causés par la tempête du Chaos partout ailleurs. Elle semblait même paisible et indemne. Ce troisième jour de marche était encore jeune quand Piotr fit une halte pour prendre un peu de repos auprès d'une source limpide. Ce fut là qu'il acheva ses rations et se retrouva sans plus aucune subsistance…
Lui, le chasseur, choqué par l'affliction, la souffrance et le désespoir des impériaux n'avait fait que fuir éperdument vers l'est sans jamais penser à se ravitailler mais peut-être que les paisibles forêts alentours recelaient quelque gibier.
Tout à coup, une pensée vint le frapper tel une cinglante gifle pour réveiller son esprit ; « Pourquoi, dans un tel cadre que d'aucun dirait idyllique, n'avait-il encore croisait personne ? »
